Aller au contenu principal
Domaine Villain
Actualité du Domaine

Repiquage dans nos vignes

Printemps — 4 min de lecture

Plan large documentaire d'une parcelle calcaire de Chablis au tout début du printemps : des ouvriers vignerons travaillent à genoux sur la terre ocre-grise mêlée de fossiles d'huîtres Exogyra virgula, en train de creuser manuellement pour le repiquage des jeunes ceps. Lumière nordique diffuse, ambiance silencieuse de labeur manuel rigoureux.
Repiquage au printemps — parcelle de Beine

Chaque printemps, on retourne dans les parcelles pour remplacer les manquants : on arrache les ceps morts de l'été précédent, on prépare les trous, et on met en terre de jeunes plants. C'est un travail de patience, mais c'est ainsi que la vigne se reconstitue, cep après cep.

Un cycle qui recommence chaque année

Le repiquage n'est pas une opération de secours, isolée dans l'année. Elle occupe toute la saison : on prépare la place en été et en automne, on plante au printemps, et l'année suivante on recommence. En octobre, après les vendanges, nous passons dans les rangs pour marquer les pieds morts repérés durant l'été, puis nous arrachons ces ceps et préparons les trous qui accueilleront les jeunes plants.

Le geste vient juste après la taille, entre le moment où les sarments ont été coupés et celui où l'on répare le palissage. C'est une période courte, et elle se déplace avec la saison : la taille commence entre le 1er et le 11 novembre et se poursuit jusqu'en mars ou avril selon les années. Le baissage — plier et attacher la baguette sur le fil — se fait plus ou moins tard selon les risques de gelées. Le repiquage, lui, se fait au printemps.

C'est une opération qui ne se voit pas de la route. Elle ne change pas la silhouette d'une parcelle d'une année à l'autre, et c'est précisément pour cela qu'elle est longue : elle se joue cep par cep, un trou après l'autre, et rien ne doit être laissé de côté.

Repérer, arracher, préparer

Trois gestes, dans cet ordre. D'abord le repérage : durant l'été, en passant dans les rangs pour le rognage, l'entretien des rangs et les traitements, nous marquons les pieds morts. Le marquage se fait à l'emplacement exact du cep, pour qu'on le retrouve sans chercher en mars.

Ensuite l'arrachage, à l'automne. Le cep mort est tiré du sol, et la terre est reprise autour de l'ancien trou. C'est un travail de force : les racines d'un vieux cep résistent, et il faut les dégager complètement pour que le trou puisse être repris.

Enfin la préparation des trous. On prépare la terre à l'avance, pour qu'elle soit prête à recevoir les jeunes plants au printemps. Un cep mort ne se remplace pas dans la foulée : on attend la fin de la saison pour compter ce qui manque réellement, une fois la récolte rentrée et l'année refermée.

Le geste, à la main

Le repiquage est manuel : on creuse à la main, on cale le jeune plant dans le trou, on tasse la terre autour de lui. C'est un travail d'une journée, recommencé autant de fois qu'il y a de manquants sur la parcelle.

Il faut revenir sur chaque trou, vérifier que le plant tient, que les racines sont bien dirigées vers le bas et que la terre est refermée correctement autour d'elles. Un plant mal calé ne reprend pas, et le trou sera à refaire l'année suivante.

C'est aussi le moment de regarder le sol. Sur les coteaux de Beine, les parcelles sont travaillées toute l'année ; la terre au moment du repiquage n'est pas celle du printemps précédent, et il faut la remettre en état avant de planter.

Réparer le palissage

Dans la foulée du repiquage, on répare le palissage. Les fils, les piquets et les attaches ont pris l'hiver et les passages dans les rangs : il faut les remettre en état avant que la végétation ne reparte.

Le palissage commande la forme que prendra la vigne dans l'année. C'est lui, le relevé, qui consiste à relever les fils et palisser la végétation, de mai à juillet, pendant la grosse saison. Un palissage juste au printemps, c'est une parcelle qui travaille toute l'année.

Pourquoi c'est décisif

Une parcelle qui ne se renouvelle pas s'use. Le repiquage maintient le nombre de pieds vivants, et avec lui la régularité de la récolte d'une année sur l'autre. C'est aussi ce qui préserve l'équilibre d'une parcelle : un pied mort laissé en place crée un vide, et le vide se voit à la récolte.

Notre plus ancienne parcelle a été plantée en 1949 par nos grands-parents. Elle a été renouvelée depuis, comme toutes les autres. Chaque génération a replanté ce que la précédente ne pouvait plus faire tenir.

C'est ce travail invisible, répété tous les ans, qui permet au reste de l'année de se dérouler sans interruption : la taille, le palissage, l'entretien estival, les vendanges, l'élevage.

Repères factuels

Cycle
Repérage en été · arrachage en octobre · plantation au printemps
Mise en œuvre
Manuelle, cep par cep
Dans la foulée
Réparation du palissage
Plus ancienne plantation
1949, par nos grands-parents